Abdoulaye Barry à propos du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana: « On reconnait en lui un officier courageux et brave au combat »

Abdoulaye Barry à propos du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana: « On reconnait en lui un officier courageux et brave au combat »

Y a-t-il eu tentative de coup d’État au Burkina Faso ? Depuis le 8 janvier, neuf militaires et trois civils sont sous les verrous pour avoir tenté de « déstabiliser les institutions », affirme le général Barthélémy Simporé, ministre burkinabè des Armées. Le colonel Emmanuel Zoungrana est le plus haut gradé des officiers arrêtés. D’où vient le malaise actuel dans l’armée burkinabè ? Abdoulaye Barry est doctorant à l’Université pour la paix, UPEACE, une institution académique de l’ONU. En ligne de Ouagadougou, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Est-ce que vous avez été surpris par l’annonce de l’arrestation de plusieurs officiers et sous-officiers ces derniers jours ?

Abdoulaye Barry : Oui, quelque peu. Parce que c’est vrai que la situation sécuritaire faisait qu’on pouvait redouter une crise politique voire militaire, mais on ne s’attendait pas à ce que cela arrive si tôt.

Parmi les officiers arrêtés figure le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, qui commandait le 12e régiment d’infanterie commando, basé à Ouahigouya. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Zoungrana est un officier connu au sein de l’armée. On reconnait en lui un officier courageux et brave au combat. C’est l’un des officiers supérieurs burkinabè qui va être devant ses hommes, au front, notamment à Ouahigouya comme vous avez dit. Parmi ses hauts faits d’arme, on retient en 2019 que, à Ban, dans le nord du pays, il a tenu avec une dizaine d’hommes face à deux attaques terroristes et a refusé d’être héliporté à Ouahigouya lorsque les autorités à Ouagadougou l’avaient demandé. Donc, c’est un officier qui est assez connu. Il semble être le plus gradé des militaires arrêtés le 8 janvier dernier.

Depuis le massacre de 57 personnes, dont 53 gendarmes, c’était le 14 novembre 2021 à Inata, lors d’une attaque jihadiste, je crois qu’il y a un profond malaise dans l’armée ?

Il faut dire que le drame d’Inata a été un véritable coup de massue portée contre l’armée burkinabè, mais aussi pour le peuple. C’est l’attaque la plus meurtrière contre l’armée depuis 2015. Ce drame a mis quand même à nu des dysfonctionnements incroyables et inacceptables dans un pays en guerre contre le terrorisme.

Suite à ce drame d’Inata, il y a eu la grande manifestation du 27 novembre. Et ensuite, un certain nombre de militaires relevés de leur poste, c’était au mois de décembre. Est-ce à dire que les autorités craignent que certains officiers profitent du mécontentement populaire qui s’est manifesté le 27 novembre ?

L’enlisement de la situation sécuritaire, voire l’exaspération des Burkinabè peuvent entretenir et nourrir toutes les velléités à la fois chez les civils et chez les militaires.

Et c’est peut-être dans le cadre de ces mesures préventives que les autorités ont relevé de son poste le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana ?

Je ne fais pas de lien direct, parce qu’il n’a pas été relevé de façon isolé. Il y a beaucoup de chefs de corps qui avaient été donc changés à l’époque et [il y avait eu] des nominations au sein de l’armée. Mais ce qu’il faut noter, c’est que les relations entre le colonel Emmanuel Zoungrana et les VDP, les Volontaires pour la défense de la patrie, ne se passaient pas très bien selon les dernières informations. Cela peut laisser libre cours à toutes les interprétations. Mais, il ne faut pas devancer l’iguane dans l’eau.

Alors, face à la crise du mois de novembre dernier, le président Roch Marc Christian Kaboré a changé de Premier ministre et a relevé de leur poste un certain nombre d’officiers. Mais pensez-vous que cela est suffisant ?

Pour le moment, ces changements tardent à apporter en tout cas des résultats concrets sur le terrain. Quant au quotidien des Burkinabè, il faut beaucoup plus que ces changements de personnes, c’est-à-dire changer profondément le système. On se rappelle que, en 2015-2016, le régime Kaboré avait fait, à l’époque, une mauvaise lecture de la situation avec un fort substrat émotionnel, donc une guerre populaire généralisée. Et en conséquence, 6 ans après, on se rend compte que les mesures qui ont été prises ont finalement aggravé la situation sécuritaire. Mais, heureusement, depuis l’arrivée du général [Barthélémy] Simporé à la tête des armées [26 août 2021], il y a une véritable stratégie qui prend en compte l’ensemble des menaces, voire des pans de la crise sécuritaire que vit le Burkina, parce qu’elle n’est pas que sécuritaire.

Voulez-vous dire que les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), ce n’était peut-être pas une bonne idée ?

Non. C’est une bonne idée à l’origine. Mais, dans la mise en œuvre, il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup de faiblesse et beaucoup de dysfonctionnements, parce qu’après la mort en décembre dernier d’un chef historique des VDP à Titao [Ladji Yoro a été tué dans une embuscade terroriste, alors qu’il escortait des commerçants], beaucoup de gens ont dénoncé le fait que le pouvoir en place n’avait pas apporté les moyens nécessaires à ces VDP malgré leur cri d’alarme.

Par RFI

ACTUALITÉS National POLITIQUE SECURITE