Attaque d’Inata: La version d’un gendarme de la mission de la relève

Le capitaine Isaac Sanon a-t-il réellement refusé d’assurer la relève ? Doit-on comparer son attitude à un refus d’assurer la relève du détachement de la gendarmerie d’Inata ? Voici les faits tels qu’ils se sont passés selon un gendarme de la mission de la relève, qui pour des raisons de sécurité, a requis l’anonymat.

Selon nos informations, rapporte le gendarme, la route est minée notamment entre Bourzanga et Djibo et entre Djibo et Tongomael. Quant à la route Tongomael Inata, nous ne disposons d’aucune information. « Dans ces conditions, nous avons demandé à être héliportés, explique le pandore qui précise que depuis leur demande de rencontrer les chefs militaires, presqu’une semaine s’est écoulée sans qu’il n’y ait la moindre rencontre. Plus tard : « Le lieutenant colonel (Ndir: nous taisons à dessein son nom) nous a rencontrés au carré d’armes », affirme le gendarme. Au cours de cette rencontre, le pandore mentionne que le lieutenant-colonel leur a dit ceci: Après 50 heures de vol, l’hélicoptère a besoin d’être mis en maintenance pour un mois. Nous lui avons dit que ce n’est pas vrai parce que s’il y a un drame. l’hélico sera utilisé comme un corbillard. Par finir, le lieutenant-colonel a dit qu’il va se référer à ses chefs.

La réaction du capitaine Sanon selon le gendarme

Le capitaine Sanon

‹‹72 heures après cette rencontre, plusieurs officiers sont venus nous voir à la caserne. Le capitaine Isaac Sanon a pris la parole. Il a dit ceci:  »mes hommes et moi sommes prêts pour la mission. Mais nous avons demandé 9 PKMS(Ce sont les armes que les terroristes utilisent actuellement). Nous en avons eu 4. Nous avons demandé des démineurs. Nous n’avons rien reçu. » Après son intervention nos chefs nous ont donné la parole et nous avons posé les mêmes doléances et avons demandés à être héliportés et ce ne sera pas la première fois (…) Par rapport aux primes, nos chefs nous ont dit qu’elles nous seront versées après avoir exécuté la mission. Nous avons refusé. Nous avons préféré prendre nos primes et si nous tombons sur le champ de la bataille, nos camarades vont mettre la main dans nos poches et donner l’argent à nos familles. Où vont les primes des soldats tombés au cours des missions? Ce n’est pas en tout cas à leurs familles. Nos camarades ont effectué des missions et ils n’ont jamais eu leurs primes››

Les fausses promesses et le calvaire de la route:

…De discussion en discussion, la hiérarchie a fini par convaincre la mission de la relève de prendre par la route jusqu’à Bourzanga afin de chercher des informations sur la route Tongomael-Inata. C’est du moins, ce que le gendarme nous a confié avec la promesse qui leur a été faite qu’à partir de Bourzanga, la mission de la relève sera assistée par un hélicoptère pour le reste du trajet. « Nous sommes arrivés à Bourzanga autour de 19h. Nous y sommes restés et le lendemain matin, nous avons pris la route», relate notre interlocuteur.

Effectivement, il a reconnu que l’hélicoptère est venu.

Mais, plutôt de nous accompagner comme cela nous a été promis, il nous a été dit que l’hélicoptère a 30 mn avec nous, puis après il nous a été dit 40 mn. Au bout de ce temps, l’hélicoptère a disparu dans le ciel », se désole le gendarme.

Quelques minutes après, nous avons découvert une mine à Gaskindé. Entre Gaskindé et Mentao, nous avons découvert 4 mines. La situation s’est compliquée. Nous avançons à petits pas. Notre chance est qu’il y a dans la mission, un élément de la localité qui a pris la tête du convoi pour contourner la route de Mentao. Une fois à Djibo et selon nos renseignements, entre Djibo et Tongomael, les terroristes se sont divisés en trois groupes et nous attendent. C’est là que les éléments ont refusé de bouger. Nos chefs nous demandent alors de revenir à Ouaga pour chercher le démineur. Nous leur avons dit de nous l’envoyer à Djibo.

Finalement, le démineur a été escorté jusqu’à Bourzanga. Et à partir de là, ceux qui ont escorté le démineur sont repartis à Ouaga. Ils nous ont demandé de revenir chercher l’engin à Bourzanga. Nous avons refusé. Ce sont des éléments du 14 RIA qui sont allés chercher le démineur à Bourzanga », a-t-il confié.

L’aller-retour Djibo-Inata:

Comment faut-il faire pour se rendre à présent à Inata ? D’autant plus que sur la route Djibo-Tongomael trois groupes de terroristes attendent le convoi selon le gendarme. Le 14e RIA a proposé de nous apporter un appui aérien pour atteindre Inata. Mais le pilote a précisé que l’hélicoptère n’avait pas d’autonomie. Il nous a fait deux propositions. La première, c’est de nous appuyer jusqu’à la fin de l’autonomie et se replier à Ouahigouya pour se ravitailler. Selon le pilote, il lui faut 35 mn pour l’aller et 35 mn pour le retour sans compter le temps de ravitaillement. La seconde option, c’est de survoler jusqu’à Inata et nous croiser sur la route de l’aller. C’est cette deuxième option qui semblait meilleure », raconte le gendarme qui déplore que l’attaque d’Inata a eu lieu le jour de l’arrivée du démineur (…) L’attaque a eu lieu vers 5h du matin et le démineur est arrivé à 9h.

«Le capitaine Isaac Sanon a demandé qu’on bouge immédiatement pour Inata. Nous lui avons demandé quelle était la mission. Sa réponse était que la mission principale est de récupérer les corps de nos frères d’armes et sauver des rescapés s’il y en a. Nous avons bougé avec l’appui du démineur et l’appui aérien du 14e RIA. Entre l’entrée et la sortie de Tongomael nous avons eu 4 pannes. La nuit est tombée. Nous avons campé et bougé le lendemain. En cours de route, nous avons rencontré 5 rescapés; et non loin d’Inata, nous avons récupéré un autre. Entre temps, le démineur a sauté sur une mine et il y a eu deux blessés dont l’infirmier qui est chargé de soigner l’équipe de la relève.

A Inata, nous avons fait le ratissage sans l’appui aérien. Nous étions épuisés. Nous n’avions pas mangé. Notre chance, à notre arrivée au détachement de la gendarmerie d’Inata, nous avions neutralisé avec le soutien des forces spéciales 5 terroristes qui avaient pris le contrôle du camp. Nous avions pu récupérer un émetteur récepteur radio mobile d’un terroriste qui nous a permis de suivre leur progression.

(…) De retour d’Inata, nous avions utilisé cette radio pour écouter les messages des terroristes. A moins de 5 km d’Inata, nous avons découvert au moins 4 mines au niveau du cassis. C’est là que Sessouma Inza est resté (paix à son ame). Toute la zone était minée. Il fallait trouver des voies détournées. Les éléments ont dû tailler la terre à cause du sable pour pouvoir rouler. Le 14e RIA avait un GPS qui nous a aidé à maîtriser la zone.

« Djibo nous a alerté qu’il y avait une embuscade qui nous attendait à Tongomael. La stratégie des terroristes, c’est qu’ils restent souvent en haut sur les collines et accueillent les FDS en bas. Dans l’armée, on dit que celui qui maitrise le haut maitrise le sol. Le capitaine Isaac Sanon nous a demandé de prendre position sur la colline, de ne pas paniquer et de ne pas tirer au hasard.

Les éléments ont campé sur la colline. Le capitaine a supervisé nos positions. Il nous a bien posté et il est allé prendre position lui-même. Là, nous avons été encerclés par les terroristes. Nous avons demandé un appui à Ouaga. Rien n’est venu jusqu’à 6h du matin. Le matin, nous sommes descendus et nous avons pris la route.

A l’entrée de Djibo, le Commandant du 14e RIA a dit que nous n’avons plus accès à sa caserne. Nous avons stationné au peleton d’intervention de la gendarmerie. Entre temps sur le chemin du retour d’Inata, nous avons rencontré le commandant ( Ndlr : Nous taisons son nom) qui nous a demandé de revenir au détachement de la gendarmerie d’Inata. Nous lui avons dit que nous avions les corps de nos camarades tombés dans le convoi et que nous ne pouvons plus retourner à Inata. »

A notre arrivée à Ouagadougou, nous sommes allés au camp Paspanga. Nous ne comprenons rien car personne, contrairement à ce qui se fait, personne ne nous a donné l’ordre de réintégrer. Le lieutenant Maiga de I’USIGN est venu nous dire que les chefs veulent nous rencontrer mais de déposer d’abord les armes. C’est alors que nous avons compris qu’effectivement quelque chose n’allait pas. Les rumeurs couraient qu’on venait à Ouaga pour tirer. Des camarades nous ont dit qu’un dispositif de l’USIGN nous attendait

Seydou Sankara
La Lettre Du Faso

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