Burkina Faso : Démission de Roch Marc Christian KABORE ou la fin des haricots

Cela fait pratiquement plus de trois jours que je n’arrive pas à travailler. Les gens m’accablent de question et d’appels à longueur de journée. Je suis obligé de dire à certaines personnes que Adama SIGUIRE est un écrivain professionnel , un consultant et un professeur de philosophie. Je n’ai aucun pouvoir dans ce pays. Si je ne suis pas dans une ville pour donner une formation, je suis dans mon cabinet et souvent au lycée avec mes élèves qui préfèrent souvent que nous causions au lieu de faire cours. C’est bizarre. Toute cette passion que je dégage dans mes écrits, malgré les avertissements , sinon les menaces, c’est pour voir le peuple burkinabè aller mieux. Et cela est tout un engagement qui m’a valu de nombreux sacrifices. J’ai accepté une vie sans argent, faite de privation, souvent très difficile, sinon pénible, dans le seul but de me donner une grande liberté pour faire mon travail. Je remercie encore et toujours mes nombreux amis qui m’aident à vivre. Sans leur soutien, il y aura des jours où mon épouse et mes enfants vont dormir avec la faim. Mais grâce à eux, à leur légendaire générosité humaine, cela n’est pas encore arrivé. Mais, je savais que ma vie allait être ainsi, très difficile.

Hier, j’ai fini par recevoir un prêtre dans mon cabinet. Cela faisait plus de trois jours que cet homme me priait pour me rencontrer. Je lui ai dit au téléphone que les solutions aux problèmes du Burkina se trouve à Kossyam entre les mains de Roch KABORE et non pas dans mon cabinet où je suis plongé dans des documents toute la journée. Je n’ai aucun pouvoir politique. Il faut que les gens le sachent. Mais, hier, j’ai accepté rencontrer ce prêtre vers midi avant l’appel du soldat qui viendra abattre mon moral. Ce prêtre, bien prêtre, qui portait une longue croix et parlait un français soutenu m’avait d’abord envoyé tout un document sur la politique dite rationnelle pour lecture. Et hier, il est venu me dire qu’il voudrait que je m’associe à eux pour créer un mouvement qui demandera la démission du président KABORE. Il était bien en colère. Il n’arrivait pas à se maîtriser dans ses paroles. Je lui ai dit que moi, j’ai pris l’engagement de faire un travail intellectuel. Je veux me positionner comme un intellectuel crédible. C’est très difficile dans ce pays. J’ai déjà perdu des amis, des admirateurs qui pensaient que je devais, dans mes analyses et prises de position, être proche d’eux. Ils ne comprennent pas le sens de mon engagement. Ils ne mesurent pas la grandeur de mon renoncement. Seuls mes amis qui m,ont côtoyé depuis mes années de fonction publique arrivent à saisir ma personnalité. Un homme comme Alidou KINDO, Mahama OUATTARA et bien d’autres connaissent bien Adama SIGUIRE avec ses forces et ses faiblesses.

Partant de cela, je lui ai dit que je ne peux pas m’associer à ce mouvement parce que les autorités vont m, arrêter. Je détiens deux numéros telmob ou Moov Africa avec lesquels je communique fréquemment. Tous les deux numéros sont sur écoute. Un homme proche du pouvoir a été catégorique avec moi. Il m’a rencontré pour me dire que je suis dans la ligne de mire des services de renseignement. Le moindre faux pas que je ferai va me coûter cher. Et il m’a dit que c’est quand on va m’arrêter que je connaîtrais la traitrise des Burkinabè. Les gens vont m’abandonner. Certains même qui commentaient mes publications pour faire de moi un grand en seront très fiers. J’ai pris acte de ses propos et je l’ai remercié ce jour- là. Il ne m’est plus revenu.

Moi, je suis sur une ligne de communication. Je n’ai pas peur qu’on m,arrête. Je n’ai jamais pensé à cela..Je lui ai dit ce jour que les juges et les autorités qui me suivent savent que je comprends très bien le français. S’ils m’arrêtent, ça sera leur parole contre la mienne à moins qu’ils ne se décident d’appliquer une justice moyenâgeuse. Et je ne crois pas que c’est possible actuellement dans ce pays. Ce qui me fera mal et m’empêchera de regarder mon épouse et mes enfants, c’est le jour où un Burkinabè aura des preuves contre moi comme quoi je complote pour faire du mal à ce pays, comme quoi je veux détruire cette nation. Je suis au-dessus des humeurs et des passions. Je sais ce que je fais. Je ne me considère pas comme un activiste. Je suis un écrivain professionnel et un consultant .

Pour revenir à la démission de Roch KABORE, il n’appartient pas à quelqu’un, aujourd’hui, de dire à ROCH de démissionner. S’il est humain et il aime le Burkina, d’ici fin novembre, Roch KABORE doit annoncer sa démisdion. S’il refuse de le faire au nom de la démocratie, il est un politicien sinon un politicard comme tous les autres. Les amis de Roch ont trop vanté ses qualités humaines. Le temps l,a mis à l’épreuve. Nous saurons tous si ses amis sont des menteurs ou de simples friands de billets de banque, parce que les gens étant pauvres au Burkina , ils confondent la générosité et l’humanité. On peut vous donner de l’argent dans le but de vous faire du mal, de faire de vous un valet. C’est même fréquent

De toute façon, ROCH KABORE ne peut plus terminer son mandat. C’est une répétition. J’avais dit cela avant son élection. Mais, je ne pensais pas que la situation allait s’empirer aussi vite. Il appartient à Roch KABORE de nous montrer qui il est. Il ne crée pas le terrorisme, il ne commande pas les attaques, mais il est incapable et impuissant face à la situation de la Nation. Il ne peut pas être un chef de guerre. Dieu ne lui a pas donné cette qualité. Il doit être assez humble pour le reconnaître. Mon grand frère BOUREIMA OUEDRAOGO et moi étions les deux Burkinabè qui avaient eu le courage d’écrire pour dire à Roch de ne pas se représenter en 2020. Il a refusé et il a écouté ses amis..Et pourtant, c’est nous qui l,aimons après sa femme, ses enfants et certains de ses parents. Nous ne prenons pas cinq francs avec lui. Et nous nous battons pour le bien de cet homme pendant que ceux à qui ils donnent des millions se battent pour son malheur. Ils l’ont conduit où il est. Et ils n’ont aucune solution pour le sauver. Ils sont nombreux qui se préparent déjà pour fuir, pour l’abandonner avec ses problèmes. C’est nous encore qui revenons avec nos solutions. Et c’est la preuve de l’amour. Aimer, c’est aider sans calculer. Beaucoup de mes amis le font avec moi.

Le Burkina a besoin aujourd’hui d’un chef de guerre pour conduire cette guerre. Roch ne l’est pas et il ne peut pas l’être. C’est un bureaucrate habitué à la douceur et à la nonchalance . Il ne peut pas relever ce défi. Après son départ, nous devons choisir un chef de guerre. Il peut être un militaire ou un civil.

Personnellement, je demande à notre armée de rester républicaine. Une armée ne se bat pas pour soutenir un camp politique. Elle devient ainsi une milice. Je suis en contact avec de nombreux soldats sur le terrain. Eux, ils ont besoin d’un chef de guerre qui va donner une nouvelle directive à la lutte avec de nouvelles stratégies. Là où j’ai peur, ce sont les officiers qui vivent à Ouagadougou qui ne savent pas trop la mission d’une armée et qui pourraient pousser les soldats à soutenir un groupe politique.

La situation est plus que grave. La sagesse demande au président ROCH KABORE de reconnaître sa défaite et son incapacité à gérer la situation. Ce n’est même pas une honte. C’est être profondément humain. Aucun article de la Constitution n,interdit la démission du président et la démocratie elle aussi permet à un homme qui avait eu les voix de la majorité de reconnaître que la lourdeur de la mission dépasse la capacité de ses épaules. La réélection de Roch KABORE le 22 novembre 2020 fut une grosse erreur. C’est à lui de reconnaître l’erreur et de démissionner.

S’il refuse, il appartient au peuple de prendre ses responsabilités. Le Burkina ne doit pas périr au nom des intérêts d’un homme, d’un groupe ou d’un clan.

Voilà la publication annoncée. Bonne journée.

Adama Siguiré

ACTUALITÉS National SECURITE