Jugement du dossier Thomas SANKARA: Le Burkina Faso doit aller de l’avant (Adama Siguiré)

« Bonjour Monsieur SIGUIRE, vous n’avez rien dit sur le jugement du dossier Thomas SANKARA qui commence le 11 octobre. Je voulais savoir votre avis ». C’est un extrait du contenu d’un message que j’ai reçu ce jour même.

Effectivement, j’ai appris que le jugement du dossier Thomas SANKARA commence le 11 octobre, et il se fera avec l’absence du principal accusé qui est bien Blaise COMPAORE. Oui, ce jugement ne m’intéresse pas trop, et cela pour plusieurs raisons. La première vient du fait que je ne crois pas en une justice militaire. Ce tribunal dit militaire avec ses juges qui portent des galons et des treillis, avec ses juges qui se mettent au garde à vous m’énerve.

Oui, je suis contre un tribunal militaire dans une République. Il n’y a pas une justice pour les militaires et une justice pour les civils. C’est du n’importe quoi. La justice ,c’est la justice et le juge, c’est le juge. Un juge doit être indépendant et pourtant, aucun militaire qui porte ses tenues et qui se met au garde à vous n’est indépendant. Un homme qui est libre et indépendant ne se met pas au garde à vous.

Un juge qui se met au garde à vous n’est pas un juge. Il est un militaire. J’ai beaucoup de respect pour l’armée et je connais bien le rôle régalien qu’elle joue dans une République, mais la justice militaire ne veut rien dire et elle n’a pas de sens.

Voilà la première raison qui fait que ce jugement ne m’intéresse pas, parce que le dossier est confié au tribunal militaire et j,ai vu un capitaine dont on dit aussi être juge parler de ce dossier à la télévision. Un capitaine juge ne passe pas dans mon esprit. Je suis trop républicain pour accepter des combinaisons impossibles et ridicules dans une République. La seconde raison, c’est le fait qu’il y a de la fixation sur le dossier SANKARA. Pour certaines personnes, c’est parce que ce dossier n’est pas jugé que le pays ne se développe pas. Quand le dossier SANKARA sera jugé, nous connaîtrons le développement. C’est de l’utopie. Je vois ici des hommes et des femmes animés par des ressentiments, sinon par de la haine, qui acceptent la mauvaise gouvernance, le vol, les détournements, et qui ont fait du jugement du dossier SANKARA la seule cause de leur lutte. En clair, c’est le même esprit qui a guidé certaines organisations de la société civile lors de la lutte contre la révision de l’article 37 qui guide certaines personnes.

Tout le mal du Burkina, c’est Blaise COMPAORÉ et quand on voit certaines OSC faire des sorties, c’est pour montrer jusqu’à quel point , ces hommes et ces femmes ont des comptes personnels à régler avec Blaise COMPAORE. C’est devenu enfantin et agaçant. Je ne peux pas croire en une justice qui consiste à combattre un individu, un seul et unique individu. On applaudit toutes les dérives politiques, on s’accommode avec la mauvaise gestion, le vol, les détournements. Tout cela peut passer. Mais, il faut juger Blaise COMPAORÉ pour que le Burkina se développe. Voilà leur seul et unique combat. C’est ridicule.

Oui, Blaise a fait du mal au Burkina. Nous avons tous combattu son régime. Et nous avons demandé que justice soit rendue à Thomas SANKARA. Mais, il ne s’agit pas de rester attaché au passé. Il ne s’agit pas de vivre dans le ressentiment tout en refusant d’avancer. Les peuples doivent s’inspirer de leur histoire pour aller de l’avant et non pas pour vivre dans le passé.

Cette justice que nous avons demandée pour Thomas lui a été rendue. La justice est sociale et naturelle avant d’être légale et positive. Et c’est pour cela que Dieu, la nature et le peuple burkinabè ont condamné pour toujours Blaise COMPAORE. Thomas SANKARA a été réhabilité. Un mémorial trône en ville en son nom. Moi même, j’ai fini par écrire un livre sur cet homme. Aujourd’hui, Thomas a battu tous ces détracteurs et ses assassins. Blaise a été puni pour le mal qu,il lui a fait. Y’a-t-il une justice au-delà de cela? Quelle peine cet homme ne subit pas déjà?

Et je me pose des questions sur le verdict de ce procès militaire, oui, c’est un procès militaire, comme s’il s’agissait d’un soldat de rang qui désobéit les ordres d’un capitaine ou d’un colonel. Qu’on condamne Blaise COMPAORÉ à cinquante ou à cent années de prison, cela change quoi?

Quelle peine le tribunal militaire peut infliger à Blaise que Dieu, la nature et le peuple ne lui ont pas infligée depuis sa chute du pouvoir en octobre 2014. Aujourd’hui, le Burkina doit avancer. Il y a de nombreuses préoccupations. Le pays est encerclé. Le pire se prépare. Il se pourrait que Ouaga soit pris dans trois ans. La progression des groupes terroristes inquiète. Des villages tombent chaque jour dans les mains de ces extrémistes. Notre véritable préoccupation, c’est la libération de ce pays. Nous devons défendre la terre de nos grands-parents.

Nous devons nous battre pour survivre. Que dans ce contexte, des militaires se disent être juges et qu’ils partent s’asseoir pour faire un procès, je ne peux qu’être déçu. Aucun Burkinabè qui aime ce pays ne doit être content de voir des militaires porter des tenues dans ce contexte d’insécurité pour aller s’assoir toute la journée dans un tribunal dit militaire. Qu’ils partent au front, qu’ils aillent faire la guerre. Voilà où se trouvent leurs missions. Aucune République digne de ce nom ne forme les militaires pour juger les gens. Aucune. Et juger les gens n’est pas le travail des militaires dans une République. On forme les militaires pour faire la guerre et nous sommes en guerre.

Voilà mon point de vue. Ça peut susciter de grandes réactions. Mais, je reste stoïque. Je ne crois pas au tribunal militaire et dans ma formation, la justice militaire n’existe pas. Si le procès doit se tenir, qu’on le confie à la justice et que les militaires partent faire la guerre. Ces militaires assis en train de parler de justice en cette période où le pays est occupé m’énervent, et je le dis. J’ai toujours assumé mes prises de position.

Dieu et nos ancêtres sauvent le Burkina Faso. Voilà ma préoccupation. Nous devons vivre et donner la chance à nos enfants et à nos petits-enfants de vivre.

Adama Siguiré

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