Jean Luc Mélenchon au Burkina : Roch prend parti pour la France insoumise

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C’est une surprise que ce voyage du chef des insoumis français au pays des hommes intègres. Jean Luc Mélenchon n’est pas le dernier venu de la politique française, et on ne l’a pas vu par le passé avoir des sympathies particulières pour le Burkina et sa « révolution citoyenne » comme il l’appelle sans que l’on sache s’il parle de l’insurrection populaire qui a chassé du pouvoir Blaise Compaoré en 2014 ou du coup d’État du 4 août 1983 appelé par certains aussi révolution. Pourquoi le pouvoir burkinabè tend-t-il une perche à un futur candidat à l’élection présidentielle française, alors que ses rapports avec le locataire de l’Élysée ne sont pas au beau fixe ? Si les avantages attendus de ce voyage à Ouagadougou du côté de Mélenchon sont connus, les risques d’assombrir le ciel des relations avec la Macronie ne sont pas minces pour Rock Marc Christian Kaboré.

Du 18 au 21 juillet c’est une visite digne d’un véritable président français auquel a eu droit Jean Luc Mélenchon avec des audiences avec le président de l’Assemblée nationale et le président du Faso. Et tout comme Macron en 2017 lors de sa visite, le candidat déclaré à la prochaine élection française a obtenu le pass pour s’adresser aussi aux étudiants de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou le 21 juillet 2021. Ainsi il y aura désormais deux discours de Ouagadougou : celui de Macron en 2017, et celui de Mélenchon en 2021.

Dès sa descente d’avion le 18 juillet, Jean Luc Mélenchon, est allé au pied de Thomas Sankara, de sa statue géante dressée sur le lieu du crime, le conseil de l’Entente. Il a déposé une gerbe de fleurs au mémorial Thomas Sankara et planté un moringa, qui est pour les Burkinabè, l’arbre du paradis. Au paradis des anti-impérialistes, Thomas Sankara doit sourire de ce nouvel admirateur qui, du temps où il vivait et échangeait des amabilités avec François Mitterrand lors d’un dîner, était encore un des « bons petits » du président socialiste français.

Si Mélenchon, l’élu socialiste (conseiller municipal, conseiller général, sénateur) de 1983 à 1986, avait des sympathies sankaristes, ça se serait su, lui qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ce serait vraiment un scoop si le militant de l’aile gauche du parti socialiste pensait qu’une révolution a eu lieu dans la nuit du 4 août 1983 avec le coup d’État des capitaines.

En tout cas, Mélenchon est venu à Ouagadougou pour apprendre comme il le dit et non donner des leçons. Après avoir tout appris de l’assassinat de Thomas Sankara à son mémorial, le président de la France insoumise est allé rencontrer le président de l’Assemblée nationale du Burkina et le président du Faso. Aux journalistes il a confié avoir été touché et honoré par la courtoisie et la fraternité de ses hôtes et a condamné les groupes terroristes qui attaquent notre pays.

C’est un candidat à la présidentielle française de 2022 qui, le 19 juillet 2021, s’est entretenu avec le chef d’État burkinabè sur les questions de la sécurité au Sahel, le changement climatique et la politique française en Afrique. Il a parlé du financement et des liens internationaux des bandes armées. Il a eu le loisir de montrer toute la différence entre lui et l’autre candidat à sa propre succession, le président Macron, insistant sur sa volonté d’agir en respectant les africains et leurs choix.

Aux étudiants qu’il a retrouvé le 21 juillet, il a vendu une francophonie des peuples, une entente entre une France non impérialiste, non colonialiste, ni paternaliste, une entente entre le peuple français et les peuples africains. Ce qui est sûr, entre Macron et Mélenchon, il n’y a pas photo. Mélenchon est du côté des antis impérialistes, à qui il demande de ne pas confondre la France impériale et impérialiste avec la France diverse, le peuple français qui n’est pas colonialiste.

Peut-être que les images de Mélenchon au mémorial Thomas Sankara pourront lui amener quelques voix de la jeunesse française. Il pourra aussi brandir une certaine stature internationale par les audiences accordées par les autorités burkinabè. Mais à moins d’un séisme électoral, Mélenchon n’est pas donné gagnant à la présidentielle en France.

L’incarnation de la France fraternelle, non impérialiste

Il aurait des difficultés à rassembler les 500 parrainages de maires nécessaires au dépôt de sa candidature, compte tenu du fait que le Parti communiste français veut présenter un candidat. Mélenchon avait bénéficié du soutien du PCF pour ses deux précédentes candidatures. Comme les maires n’ont pas le droit de parrainer deux candidats, le président du mouvement de la France insoumise a quelques soucis puisque son mouvement n’est pas suffisamment implanté dans l’hexagone pour lui donner tous les parrainages nécessaires. Le défaut de parrainage des maires communistes pourrait lui compliquer la tâche.

Voilà le nouvel ami français de nos dirigeants, un opposant de gauche à Macron. Même si ce dernier feint de ne pas considérer Mélenchon comme un adversaire important à la future présidentielle, il n’applaudit pas de le voir reçu avec les honneurs à Ouagadougou. Est-ce que le président du Faso est excédé par les manières peu élégantes du président français qui n’est pas champion de la diplomatie et des bonnes manières envers ses partenaires du G5 Sahel, au point de lui montrer son candidat préféré pour les élections présidentielles en France ?

Le séjour de Mélenchon au Burkina n’arrangera pas les rapports entre Roch Marc Christian Kaboré et Emmanuel Macron. En montrant qu’il souhaite la défaite du président français aux prochaines élections, Ouagadougou s’est laissé submerger par son ressentiment envers Macron, ce qui va aggraver les rapports ombrageux, si Macron est élu pour un second mandat.

Sana Guy
Lefaso.net

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