“Les Nuna sans leurs masques c’est comme le monde sans la lumière” Wemboè BAKO

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Dans la région de la Boucle du Mouhoun, des jeunes s’organisent pour donner vie à la culture de leurs communautés qu’ils ont jugé mourant. A travers l’APCDD (Association pour la Promotion de la Culture et du Développement Durable) un jeune très engagé et ses amis et frères fait de font mieux pour revaloriser les pratiques culturelles qui souffraient du fait de l’avènement des religions révélées par l’organisation du Festival “Ban’sa”. Nous avons rencontré Wemboè BAKO, président de l’association qui porte l’organisation du festival … Lisez

PlaneteActu (PA) : Qui est Wemboè BAKO ?

Wemboè BAKO  (WB): Je suis un promoteur culturel et réalisateur de film.

Président de l’APCDD (Association pour la Promotion de la Culture et du Développement Durable)

 Je suis aussi un web activiste j’aborde surtout les questions de culture de panafricanisme et de spiritualité africaine

Wemboè BAKO

PA : Vous êtes très actif sur les questions de culture, dites-nous, d’où vient cette passion ?

WB : Ma passion pour la culture vient du fait que je suis issu de deux familles profondément ancrées dans la pure tradition africaine notamment ma famille paternelle et mes oncles. J’ai été éduqué pour aimer la culture. Deuxièmement, ma passion pour la culture réside dans le fait que je suis panafricaniste au sens profond du terme. Vous ne pouvez pas vous intéresser à l’histoire de l’Afrique, à sa culture sans être passionné de culture et de panafricanisme. Parce que c’est extraordinaire ce qui va arriver aux cultures africaines si les sociétés ne prennent pas garde. Tout le monde parle aujourd’hui de mondialisation culturelle surtout les élites occidentales, et les africains sont assis comme s’ils ignorent ce qui est caché derrière ce concept de mondialisation culturelle. Dites-moi, comment pouvons-nous conduire le monde dans une homogénéisation culturelle sans détruire les coutumes des petites sociétés comme la société Nuni? Universaliser la culture relève d’un complot visant à imposer une mentalité unique aux hommes de la planète, c’est une forme de dictature culturelle qui se dessine. C’est comme par exemple l’homosexualité qu’on veut forcer les sociétés civilisées du monde à accepter. Nous devons être vigilant et protéger nos coutumes et traditions face à cette menace. Diversité culturelle, « oui », mais universalité culturelle  « non » parce que les Nuna, les mossés, les Samo, les Dagara… n’ont pas les mêmes coutumes, les mêmes interdits et les mêmes tabous.

PA : Vous êtes ainsi fortement impliqué dans l’organisation du Festival Ban’sa qui se tient à Koumou (Tchériba) pouvez nous faire une brève présentation du festival ?

 WB : Le festival Ban’sa comme son nom l’indique est un festival de danse de masques et de troupes traditionnelles. Ban’sa veut dire « viens on va danser » en langue Nuni. C’est un festival qui mobilise les masques, les troupes de danses traditionnelles et les artistes de la région Nuni pour non seulement des prestations de danses mais aussi pour discuter de la stratégie de sauvegarde et de protection de ces pratiques culturelles de notre pays. Le festival met surtout l’accent sur la sauvegarde du masque qui est un acteur important dans la culture Nuni. Les Nuna sans leurs masques c’est comme le monde sans la lumière.  C’est pourquoi nous insistons sur la protection des masques face à la modernité et ses multiples menaces.

 

PA : Est-ce une nouvelle initiative ou vous redonnez vie à une ancienne initiative ?

WB : C’est un festival créé par les anciens depuis 2002. Ils ont organisé une édition et c’est en 2017 que grâce à l’APCDD, nous avons pu organiser la deuxième édition avec une nouvelle équipe de jeunes qui ont beaucoup appris et apprécié l’édition de 2002. En un mot, c’est un héritage que  nous avons reçu de nos ainés avec toutes leurs bénédictions. D’ailleurs la plupart des anciens, initiateurs du festival sont fortement impliqués dans son organisation avec notre association. En guise de preuve on peut noter le fait que le premier parrain qui a été parrain en 2017 est encore le patron de l’édition de 2021 donc on est en tandem sur toute la ligne.

PA : Quel bilan dressez-vous de l’édition de cette édition de 2021 ?
WB : Le bilan de cette édition est super satisfaisant dans la mesure où il n’y a eu pas d’incident. Nous avions invité 39 troupes au départ et 34 ont pu participer.
Les autres troupes n’ont pas pu parce que c’était le mois des funérailles dans la commune.
Sur le plan budgétaire, nous avons eu le strict minimum pour couvrir les dépenses nécessaires notamment, la restauration, le transport et la prime symbolique de participation de chaque troupe. Nous avons à ce jour, trois partenaires officiels notamment la Mairie de Tcheriba, SAPHYTO et BARAJI.
En plus de ces partenaires qui ont par ailleurs adopté le festival, nous avons bien d’autres partenaires techniques et morales dont je vais me réserver le droit de citer au risque d’oublier d’autres.
En gros nous on a pu gérer ce beau monde avec une liquidité d’environ 3 millions et demi ce qui a été une incroyable gymnastique pour nous.

Sur le plan organisationnel c’était impeccable les membres du comité d’organisation sont restés débout pendant plus de deux mois afin que chaque chose puisse être disposée comme elle se doit. Nous avons créé un mécanisme de communication assez ouvert à tout le monde notamment les responsables des troupes afin qu’il n’y ait pas de déséquilibre communicationnelle entre les acteurs.
Les autorités administratives, coutumières et religieuses sont restées solidaires avec nous durant tout le processus organisationnel.
Le Bilan de façon globale est positif dans la mesure où nous avons pu couvrir toutes les dépenses et nous avons 136000F dans notre Caisse à ce jour…

PA : Quelles sont les perspectives pour le festival ?
WB : L’association pour la promotion de la culture et du développement durable, structure organisatrice du festival est très engagée à faire de ce festival, un cadre absolu de promotion de la cohésion sociale dans la région, en impliquant un maximum de communautés pour les prochaines éditions.
Il y a beaucoup de villages qui veulent participer au festival et aussi beaucoup d’artistes qui nous ont appelés pour nous exprimer admiration qu’ils ont pour le festival.
Nous travaillons donc à créer les conditions idoines pour l’implication et la participation de toutes les personnes (morale ou physique) qui exprime le désire.
L’édition de 2021 a connu la participation de 34 troupes ce qui nous amène à nous préparer pour accueillir plus de troupes à la prochaine édition.
Heureusement nous avons le soutien de la mairie de Koumou (Tchériba), de SAPHYTO et de bien d’autres partenaires qui ont non seulement adopté le festival dans leur programme d’activités socio-culturel mais aussi nous accompagnent techniquement et moralement.

PA : Avez-vous un message particulier à l’endroit des festivaliers pour les prochaines éditions ?

WB : Plusieurs de festivaliers et partenaires nous ont interpellés sur la période du festival, la plupart ont proposé le mois de février ou mars. Je voudrais profiter de l’occasion que vous m’offrez pour leur dire nous nous excusons du désagrément que la période du festival les a causé. Bien sûr ne pas pouvoir profiter de ces beaux moments de danses des masques est certainement désagréable… Je voudrais donc les rassurer que nous allons intégrer leurs propositions comme pistes de réflexion avec nos partenaires pour les prochaines éditions.
Nous sommes ouverts à toutes suggestions, analyses et critiques utiles pour aller vers la perfection, parce que comme toute œuvre humaine, il y’a certainement des limites qu’on n’a pas perçues.
Nous sommes conscients des énormes défis à relever pour la 5ème édition quand on sait combien de nouvelles troupes souhaiteraient participer au festival Ban’sa. Tout en remerciant une fois de plus les partenaires et tous les acteurs qui ont été artisans de la réussite de cette édition, nous sollicitons encore leurs appuis multiformes et leur accompagnement non seulement pour les prochaines éditions du festival Ban’sa, mais aussi pour les autres activités de l’association !!!
Que les Dieux veillent sur vous !!!

Propos recueillis par : La direction PlaneteActu.

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