Algérie: L’atypique trajectoire d’une nation

Spread the love

Les Algériens auront compris qu’on ne fait pas de raccourcis en Histoire. Les peuples, comme les individus, tirent des leçons de leur vécu pour l’avenir.

L’Algérie moderne a 59 ans. Elle est née aux «forceps» après une guerre de Libération nationale qui a marqué de son empreinte l’étape historique des décolonisations. La révolution algérienne a inscrit son nom en lettres d’or dans l’Histoire des peuples. Elle a inspiré beaucoup de leaders des mouvements indépendantistes, jusqu’à devenir la Mecque des révolutionnaires, durant les années 60 et 70. Les Algériens, qui ont vécu la renaissance de leur nation, étaient tentés d’y voir un aboutissement à tous leurs aspirations. Mais d’aboutissement, ce n’était que celui du recouvrement de l’indépendance. C’était capital, indispensable et le résultat d’un sacrifice de 132 ans de lutte acharnée, mais c’était aussi le début d’un nouveau processus historique tout aussi incontournable.

Les Algériens auront compris après ce parcours qu’on ne fait pas de raccourcis en Histoire. Les peuples, comme les individus, vivent dans leur chair les succès et les échecs et en tirent des leçons pour l’avenir. En cela l’Algérie ne fait pas exception. Dans ce court parcours de 59 ans, le pays est passé par plusieurs étapes. La nécessaire édification de l’Etat a mis l’élite, dont la formation n’était dans de très nombreux cas que révolutionnaire, face à une «sourde guerre» pour le pouvoir, avec en toile de fond, un peuple en attente d’une vie meilleure. Les luttes intestines ont abouti à un «redressement révolutionnaire», un certain 19 juin 1965. Les raisons invoquées par Boumediene peuvent ne pas convaincre tout le monde, mais on retiendra l’accord des Algériens, dont la préoccupation était tournée vers l’amélioration de leurs conditions de vie. L’éducation, la santé, l’emploi… le régime de Boumediene a réalisé des miracles en matière d’éducation et de santé. L’Algérie formait ses nouveaux cadres et garantissait une génération de jeunes en bonne santé. L’analphabétisme et les maladies des pauvres reculaient à une vitesse impressionnante. Tous les observateurs de l’époque en attestaient. Cette deuxième grande étape de l’histoire du pays, qui a suivi les trois premières années de l’indépendance où la lutte pour le pouvoir risquait d’hypothéquer l’indépendance, à en croire les partisans de Boumediene, demeure à ce jour dans l’imaginaire des Algériens, comme l’âge d’or d’une Algérie qui s’était imposée même à l’international avec une diplomatie flamboyante.

Les Algériens qui ont «joué le jeu» du socialisme et du parti unique se sont ouverts à d’autres horizons et sentaient la nécessité de s’affirmer, face à une élite, restée sclérosée dans un schéma tiers-mondiste. La société a, ainsi, produit sa propre élite que le pouvoir a marginalisée, puis combattue en lui refusant le droit à l’expression. L’absence de toute communication entre le sommet de l’Etat et les Algériens a amené le peuple à entrer par «effraction» dans la cuisine du «système». Le 5 octobre 1988 a signé la mort du régime du parti unique et mis l’élite marginalisée au centre du débat politique. À une situation inédite, les tenants du pouvoir de l’époque n’avaient pas trouvé une autre issue à l’impasse que représentait l’intrusion sur la scène nationale d’un mouvement politique violent, l’ex-FIS, que de suspendre un processus électoral, pousser le président Chadli à la démission et instituer un Haut Comité d’Etat. Les Algériens qui entendaient passer un cap vers la démocratie étaient entrés en résistance contre l’hydre terroriste. Dix ans de guerre où l’objectif de vider l’Algérie de son élite était plus qu’évident.

La décennie noire a profondément marqué la société. Certains y avaient vu l’effondrement total du pays. Mais la victoire sur le monstre intégriste a non seulement remis le pays sur les rails, mais a ravivé le besoin de parachever le processus de démocratisation du pays. Né dans la tourmente d’une fin de guerre contre le terrorisme et l’aspiration à la réconciliation entre l’ensemble des Algériens, le printemps noir aura été le traumatisme de trop. La revendication identitaire a occupé le devant de la scène. Elle aura coûté au pays pas moins de 126 autres martyrs qui sont venus allonger la très longue liste des martyrs de la révolution de Novembre et de ceux de la lutte antiterroriste. Une étape cruciale dans l’édification de la République. Tamazight a pris sa place dans la Constitution, avec l’assentiment de tous les Algériens. Une victoire historique et un pas de plus dans la direction de l’affirmation de la nation algérienne. Celle-ci a formidablement émergé un 22 février 2019 où le peuple a démontré un sens très élevé de civisme, de maturité politique et de cohésion nationale. Plus de deux ans après l’émergence du peuple, cette fois pacifique, dans la «cuisine» du système, le pays fait face à d’autres défis, économiques, sociaux, mais aussi éminemment politiques. Les Algériens ont clairement formulé leurs desiderata. Ils ont réussi à transformer profondément le visage de leur pays. Mais ce n’est pas fini pour autant. Dans l’édification de la nation, les Algériens auront certainement à faire d’autres actions «spectaculaires» pour réveiller leurs élites.

www.msn.com

PlaneteActu.com

International SOCIÉTÉ