La réforme de l’éducation annoncée : Une chronique d’un échec programmé

La réforme de l’éducation annoncée par le gouvernement et qui fait des gorges chaudes au Burkina doit être opérée en profondeur pour régler, a minima, la question d’une génération. Elle ne doit pas avoir pour objectif de contenter un groupuscule comme cela semble être le cas. C’est le credo de André Eugène Ilboudo, enseignant de profession, directeur du Groupe scolaire l’Académie de Ouagadougou et de la radio des écoles. Il s’explique dans la tribune qui suit.

J’appelle de tous les pores de mon corps, une réforme de l’éducation. Malheureusement, le Burkina actuel manque cruellement de deux atouts pour réussir une réforme. Nos dirigeants actuels, malgré toute la sympathie que l’on puisse leur trouver n’ont ni : a) l’autorité nécessaire pour imposer (oui, oui, vous avez bien lu) une réforme, surtout qu’ils ne nous démontrent pas la deuxième qualité nécessaire : b) la réflexion stratégique.

Passons par pertes et profits, les réformettes du CEP et du bulletin de notes du BEPC ainsi que l’aménagement administratif de l’attestation d’admission au Bac, le diplôme de fin de cycle du secondaire, qui nous ont valu, et cela sans aucune excuse possible, l’assassinat de deux de nos enfants ; des blessés et des emprisonnements sans pour autant excuser le vandalisme. L’instrumentalisation de ces enfants pour s’attaquer à une ambulance, détruire leurs propres outils d’études, bureaux et véhicules, molester leurs mères, oh suprême vilenie ! Leurs pères et frères dans leur protection et dans leur éducation est abjecte. Et voilà tout un rififi pour, dit-on, une réforme qui n’en est pas une, même pas une réformette.

Depuis que la réforme est annoncée, l’attention prêtée, ne permet pas de dire que nous avons trouvé le chemin. L’on nous parle d’une ’’foire’’ nationale, précédée de balades institutionnelles, à venir, pour étudier 11 thèmes qui produiront une feuille de route pour l’écriture de la nouvelle ’’réforme’’. Et quel est le premier thème ? Ajustez bien vos binocles : « bilan de la mise en œuvre du protocole d’accord et perspectives ». Ainsi le thème majeur, central, c’est comment ’’dealer’’ avec les syndicalistes pour qu’ils se taisent. Et les autres thèmes sont tout aussi abscons, les uns plus que les autres.

Une réforme de l’éducation est réfléchie pour régler, a minima, la question d’une génération, au moins 25 ans. En français élémentaire, la question centrale et actuelle d’une réforme du système éducatif au Burkina Faso découle de cet article 4 de la loi d’orientation : ’’l’enseignement de base est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 16 ans’’. Alors, on reprend l’énoncé par une question à l’envers. ’’L’enfant de 6 ans que voici et que l’on me confie, que doit-il devenir dans 10 ans quand il aura 16 ans ? ’’ Et comme il s’agit de l’avenir d’une génération, l’on prolonge la question : que sera-t-il jusqu’à ses 25 ans, à sa sortie d’université ?

Si l’on ne peut pas expliquer ce que la réforme vise, par une réponse simple et compréhensible à la casseuse de granit de la carrière de Pissy, sans phraséologie creuse, du genre : ’’le système éducatif Burkinabè a pour objectif final de faire du jeune Burkinabè un citoyen responsable, producteur et créatif’’ suivi d’autres tirades aussi longues que confuses, n’en déplaise au réformateur, c’est que rien n’est clair dans sa tête, à lui. Ce qui est clair est bref. Il se conçoit bien et les mots pour le dire…

A contrario, dans un tel cas, c’est lui, le réformateur, qui a besoin … d’une réforme.

Mais si une fois, l’explication donnée à la balayeuse de rue, ’’la femme de Simon’’, et insistons, dans sa langue à elle, elle opine du chef en disant : ’’Ah ok, si c’est ça j’ai compris’’. Alors, la réforme est déjà gagnée.

Il reste alors trois points. 1) recenser les valeurs ; 2) concevoir les curricula, et 3) choisir la (les) langue.s dans laquelle (lesquelles) ces valeurs et curricula seront transmis. Le reste n’est que l’enduit de cette armature : les méthodes d’enseignement, le recrutement et la formation des enseignants, le rôle des parents, la gouvernance pédagogique et administrative, les infrastructures, les débouchés, etc. Bref, tout cela sera facilement défini et décrit avec clarté.

Comme on le voit, si l’on doit impliquer les vendeuses de crevettes de Koubri, les tresseurs du chapeau labellisé de Saponé ou les conducteurs de tricycles de Armandville pour recueillir leurs avis et suggestions sur comment préparer leurs enfants pour réussir leur vie, l’écriture d’une telle réforme requiert le sang froid de personnes aguerries et réfléchies et non pas une kermesse ou les participants viendront porter leurs badges à l’envers et signer de leurs pouces pour recevoir un per diem.

La réforme, comme elle s’annonce, si on maintient en l’état ses préparatifs, dans l’ultime objectif de contenter un groupuscule, et ce pour le reste d’un demi mandat, cette réforme-là, elle est partie pour être une réforme moribonde qui mérite une interruption volontaire… dès sa conception.

André Eugène Ilboudo

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