Vaccination anti covid-19 au Burkina : Les « prescriptions médicales » de l’Académie des sciences

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Alors que le Burkina Faso se prépare à recevoir ses premières doses de vaccins contre le Covid-19, l’Académie des sciences, des arts et des lettres du Burkina Faso (ANSAL-BF) a formulé son point de vue sur la vaccination contre le Covid-19 et fait des recommandations afin d’accompagner le gouvernement pour sa mise en œuvre efficace.

Depuis quelques mois, de nombreux pays d’Afrique ont débuté la vaccination contre le Covid-19. En Afrique de l’Ouest, le Ghana et la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo ont commencé à vacciner leurs populations. Le Burkina Faso se prépare à son tour à recevoir ses premières doses de vaccin contre le Covid-19.

Pour l’ANSAL-BF, la vaccination contre le Covid-19 est la priorité sanitaire du moment. De ce fait, tous les efforts doivent être faits pour qu’elle soit une réussite, afin de permettre le retour des activités socio-économiques normales. C’est dans ce but, qu’elle donne son point de vue sur la vaccination contre le Covid-19 et ne manque pas de formuler des recommandations sur la base de l’état actuel des connaissances sur les vaccins.

Qui vacciner ?

L’ANSAL-BF préconise que tous les sujets de plus de 14 ans qui ont donné leur consentement soient vaccinés. Et en tête de liste des personnes qui doivent recevoir prioritairement le vaccin contre le Covid-19, se trouve le personnel de santé, les Forces de défense et de sécurité, les sujets porteurs de co-morbidité (diabète, hypertension artérielle, maladies pulmonaires chroniques), les sujets âgés de 60 ans et plus. Puis viennent, les enseignants, étudiants et élèves du post-primaire, le personnel aéroportuaire et des postes frontaliers et au bas de la pyramide, les commerçants des marchés et yaars des villes.

A en croire l’ANSAL-BF, les autres groupes de personnes ne sont pas oubliés, mais au regard de la possibilité d’acquisition des vaccins, ils pourraient être pris en compte plus tard. Elle préconise de faire une étude de séroprévalence globale, ainsi qu’une répartition des données selon les tranches d’âge, les groupes socio-économiques et le dosage.

Quels vaccins choisir ?

Sur le choix des vaccins, l’ANSAL-BF estime que la meilleure des stratégies, c’est d’avoir une panoplie de vaccins, au moins un de chaque type (vaccins à ARNm et ADN, vaccins à protéines, vaccins à vecteur viral, vaccins vivants atténués ou inactivés). Puis d’identifier autant que possible pour chaque catégorie, voire idéalement pour chaque individu, le vaccin adéquat. « Nous sommes le pays/le continent qui compte le plus d’immunodéprimés, de mal nourris, de gens qui ont un organisme fragilisé par la précarité, fussent-ils jeunes. Ces éléments ne doivent pas être perdus de vue dans le choix d’une stratégie, quelle qu’elle soit », peut-on lire dans le rapport de l’ANSAL-BF.

Pour ce qui est de la période à laquelle vacciner, l’ANSAL-BF pense que cela doit se faire le plus tôt possible, si un certain nombre de conditions sont remplies, soit d’ici juin 2021 dans la mesure du possible. Pour ce faire, il faut déterminer la taille de la population à vacciner, le nombre de doses requis, disposer d’un personnel qualifié, respecter la réglementation du circuit pharmaceutique, c’est-à-dire, respecter les conditions de conservation du stock de vaccins, la distribution et l’assurance qualité et tenir compte de l’existence de variants du virus.

Comment vacciner ?

Sur ce point, l’ANSAL-BF préconise l’approche « vaccination commando » pour atteindre le plus grand nombre de sujets, le plus rapidement possible (centres de santé, hôpitaux, cliniques, pharmacies et lieux de culte). Evidemment, qui dit vaccination, dit également respect des contre-indications, donc veiller à la mise en place de la pharmacovigilance et prise en charge en cas d’événements indésirables graves.

A la suite d’une modélisation mathématique, l’ANSAL-BF est parvenue à la conclusion que vacciner les plus de 60 ans et les personnes qui ont des co-morbidité, permet de réduire de façon considérable le nombre de décès, même s’il ne permet pas de réduire substantiellement le nombre de nouveaux cas infectés. Par contre, vacciner une assez grande proportion du reste de la population, permet de réduire au maximum le nombre de nouveaux cas et vacciner le personnel médical permet de non seulement le protéger, mais aussi de réduire la transmission de la maladie.

En substance, selon l’ANSAL-BF, en plus de vacciner les classes vulnérables et exposées, une vaccination d’au moins 5% des populations non vulnérables permettra de contrôler au mieux la pandémie de Covid-19.

Recommandations

Pour que la vaccination contre le Covid-19 soit un succès au Burkina Faso, l’ANSAL-BF recommande aux autorités sanitaires et aux agents de santé, de prendre en compte les considérations pratiques qu’elle a émises dans son rapport, de procéder à une large sensibilisation de la population afin qu’elle adhère à la vaccination, de prendre en compte les aspects légaux et juridiques de la vaccination, de respecter les règles d’éthique et de déontologie, ainsi que la confidentialité et de coordonner les efforts des partenaires techniques et financiers pour une utilisation rationnelle et efficiente des ressources, de recycler ou mettre à niveau le personnel de santé qui sera impliqué dans la vaccination, etc.

Aux autorités religieuses et coutumières, elle leur recommande de participer à la sensibilisation des populations et de mettre les lieux de cultes à la disposition des unités de vaccination.

Aux médias, l’ANSAL-BF recommande de participer à la sensibilisation des populations et de combattre les fausses informations autour de la vaccination ; aux partenaires techniques et financiers de soutenir les efforts du gouvernement.

Aux structures de recherches, l’ANSAL-BF suggère de documenter la perception des populations en ce qui concerne la vaccination anti-Covid-19, de mettre en œuvre des protocoles de recherche sur la vaccination des femmes enceintes et enfants, d’étudier différentes modalités de la vaccination et de mettre en place un système de pharmacovigilance.

Synthèse de Justine Bonkoungou
Lefaso.net

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