Élevage porcin : Salissant mais rentable

Élevage porcin : Salissant mais rentable

A Bagré, il n’y a pas que du riz et du poisson. Il y a aussi des porcs. Dans la ferme gérée par l’ingénieur zootechnicien, Romain Kaboré, pour le compte de Bagrépôle, on trouve des plus petits, de plus grands, et de bien dodus. Après le ravage causé par la peste porcine dans la plupart des élevages, cette ferme est l’une des rares qui disposent encore de porcs pour ravitailler certains éleveurs de Bagré et de la région. Focus.

Créée en 2017 avec huit truies et un verrat, la ferme porcine de Bagré compte en février 2021, plus de 200 porcs. Pour l’élevage, deux ouvriers sont à la tâche sous la coupe de l’ingénieur zootechnicien, Romain Kaboré, chargé du suivi sanitaire et de la reproduction. On trouve dans cette ferme la race « Large White », d’origine anglaise. Cette race est réputée pour sa faculté d’adaptation, ses performances de reproduction et la qualité de sa viande.Romain Kaboré, gérant de la ferme porcine de Bagré

Un spécimen de 400 Kg vendu en l’année dernière

Le plus gros spécimen de la ferme pesait près de 400Kg. Il a été livré en 2020, à une charcuterie implantée à Ouagadougou. « En moins de six mois, confie M. Kaboré, il est possible d’avoir des porcs de 100 Kg si toutes les conditions sont réunies ».

Et l’une des conditions est bien évidemment l’alimentation qui varie, selon qu’il s’agit d’une truie gestante, d’un porcelet, d’un verrat ou d’un porc de charcuterie. Le principal ingrédient reste le son de riz auquel on ajoute du soja et quelques concentrés spécifiques au type de production recherché. « Nos porcs sont bien appréciés par nos clients. Ils sont moins engraissés compte tenu de l’alimentation faite à base du son de riz », foi de M. Kaboré.Une truie de la ferme

Victime collatérale

La ferme s’approvisionne en son de riz auprès des producteurs rizicoles au prix de 60 000 voire 65 000 F CFA la tonne contre 50 000 pour les années antérieures. Qu’est-ce qui explique cette flambée des prix ? Des explications de M. Kaboré, l’on retiendra que la ferme porcine a fait les frais de la sortie massive du riz paddy vers des pays étrangers comme le Ghana, le Niger, le Togo. « Sans riz, les unités avaient également du mal à transformer le riz, donc à disponibiliser le son pour la ferme », explique le responsable. Et d’ajouter que la flambée des prix est aussi la conséquence de la ruée les pisciculteurs et les aviculteurs vers le son du fait de sa richesse en nutriment pour les poissons et la volaille.

Outre l’achat du riz par les commerçants étrangers et l’intérêt porté par les autres éleveurs au son du riz, rappelons que l’année 2020 a été marquée par des inondations. Des inondations dues à l’ouverture des vannes du barrage de Bagré par la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), pour sauver la digue du barrage qui menaçait de céder à cause du trop-plein d’eau. Ces inondations ont détruit plusieurs champs rizicoles, causant ainsi l’insuffisance de la matière première nécessaire à l’alimentation des porcs.Riz paddy prêt à être étuvé au centre d’étuvage de l’Union CONNANET

La peste porcine et les difficultés d’écoulement

Au-delà de ces péripéties, il faut noter que le principal ennemi de l’élevage de porcs demeure la peste porcine. « L’an passé, nous avons été touchés par cette maladie. Nous étions obligés d’évacuer tous nos porcs au niveau du poste d’engraissement. Quand cette maladie entre dans un élevage, sachez que le taux de mortalité est autour de 100%. Et c’est difficile pour un éleveur de se relever après », confie Romain Kaboré

Autre difficulté d’ordre structurel que rencontre la ferme, l’écoulement des produits. L’éloignement de Bagré par rapport à Ouagadougou et les coûts de production font que les porcs sont jugés chers par certains clients de la capitale, 1200 F CFA le kilo de viande.
Face à cette équation, la ferme a alors adopté une stratégie qui consiste à mettre l’accent sur les porcelets et les porcs en croissance, prisés sur le plan local.La ferme met aujourd’hui l’accent sur les porcelets et les porcs en croissance, prisés sur le plan local

« Que ceux qui sont sceptiques n’hésitent plus »

« C’est un élevage certes salissant mais très rentable ». Romain Kaboré en veut pour preuve la success story d’un éleveur béninois venu se ravitailler en porcs à la ferme de Bagré, après que la peste a ravagé son cheptel qu’il a constitué à partir de quatre truies. Aujourd’hui, témoigne l’ingénieur zootechnicien, cet éleveur brasse des millions de francs CFA.

« Que ceux qui sont sceptiques n’hésitent plus. C’est une activité très rentable », insiste Romain Kaboré. Et de poursuivre : « Les élevages à court terme sont préconisés par l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Parce qu’en moins d’une année, nous sommes capables d’avoir de la protéine animale pour nourrir la population contrairement à l’élevage à long terme comme celui des bovins et ovins ».

HFB
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