Covid-19 : L’appel à la solidarité par le don de sang du Dr Alice Koumaré du Centre national de transfusion sanguine


Depuis l’apparition des premiers cas de la maladie à coronavirus dans notre pays le 9 mars 2020, le Centre national de transfusion sanguine est confronté à une baisse du don de sang. Ce qui fait craindre le pire dans les mois à venir. Pour en parler, nous avons rencontré Dr Alice Koumaré/Kiba directrice générale du CNTS.

Lefaso.net : Quelle est la situation actuelle au niveau de la banque de sang ?

Dr Alice Koumaré : il faut dire que depuis la déclaration du Covid-19 dans notre pays, il y a une psychose qui s’est installée. Psychose tout à fait normale et légitime, parce qu’il s’agit d’une maladie contagieuse. Depuis, nous avons constaté que les donneurs ne sont plus enclins à venir dans nos centres de transfusion sanguine.

Pour donner des chiffres, avant la déclaration de la pandémie du Covid-19, nous arrivions à collecter autour de 40 à 50 poches au niveau de notre site fixe à Ouagadougou. Mais dès les premiers instants après la déclaration, nous peinons même à avoir cinq poches par jour. C’est ce qui fait que nous avons initié une campagne de communication, parce que c’est légitime, les gens se demandent, se posent des questions. Ils veulent savoir est-ce que ce n’est pas risqué de venir donner son sang.

Justement, quelles dispositions le CNTS a-t-il pris pour rassurer les donneurs de sang ?

Nous avons fait des communiqués pour rassurer l’ensemble des donneurs que des dispositions ont été prises pour essayer de minimiser ces risques, à savoir toutes les mesures qui ont été édictées par le ministère de la Santé : la distanciation, le lavage des mains, la prise de température à distance pour s’assurer que toute personne qui entre dans nos centres de collecte est bien portante.

En dehors de ça, nous avons renforcer le dispositif de nettoyage de nos locaux avec des solutions antiseptiques pour désinfecter les locaux qui reçoivent beaucoup de gens au cours de la journée. Ce sont les mesures que nous avons prises pour rassurer les donneurs.

Avec ces mesures avez-vous constater une augmentation du don de sang actuellement par rapport au début de la pandémie ?

Depuis que nous avons pris ces mesures, nous sommes contents et ravis de constater que la fréquentation a repris quand même. Beaucoup de gens essayent aussi de nous aider à mobiliser les gens et à les convoyer vers nos sites de collecte mobile. Si vous faites un tour au niveau de nos salles, vous allez constater que ça ne désemplit pas depuis un certain moment. Beaucoup de gens, des artistes, des leaders de quartiers essayent d’organiser la population pour nous aider à avoir du sang.

Vous avez vu aussi des associations, qui œuvrent dans la collecte de sang, qui font de la communication de proximité à travers des crieurs publics dans les artères de la ville de Ouagadougou. Bientôt ce sera répliqué dans les autres villes pour rassurer davantage les gens et leur dire de penser aussi au don de sang. C’est vrai que le Covid-19 fait peur, elle fait des morts, certes, mais il y a beaucoup plus de morts qui sont liés à d’autres pathologies, notamment celles qui nécessitent une transfusion sanguine.

Avant le Covid-19, comment fonctionnait le CNTS ?

Avant le Covid-19, nous avions deux types de collectes : la collecte sur site fixe, c’est-à-dire qu’au niveau de notre siège ici, au niveau des centres régionaux de transfusion sanguine, il y a des équipes qui sont là et qui accueillent tous ceux qui viennent volontairement donner leur sang. En dehors de ça, il y avait des équipes mobiles qui se déplacent vers des groupes de personnes dans les établissements, dans les services où on nous appelle, là où il y a des regroupements on sortait pour y aller.

Maintenant avec cette pandémie de Covid-19, les écoles sont fermées, les églises sont fermées, au niveau des services aussi, les gens essayent de faire un roulement avec un minimum de personnel donc ça devient difficile pour nous de faire des collectes mobiles.

On ne peut que se contenter des collectes au niveau des sites fixes. C’est d’ailleurs pour ça que nous appelons la population en âge de donner son sang de le faire. Je rappelle au passage que l’âge pour donner le sang, c’est 18 ans et il faut peser au minimum 50 Kg. L’âge limite étant de 60 ans.

Avez-vous un appel à lancer aux citoyens ?

L’appel que j’ai à lancer, c’est qu’ensemble, on se donne la main pour éviter des situations dramatiques et malheureuses dans nos hôpitaux. Vous savez que la période du paludisme va bientôt arriver et c’est actuellement que nous faisons nos réserves en produits sanguins pour affronter la période difficile et la période de vacances scolaires. Le coronavirus est venu tout bouleversé et actuellement, nous sommes déjà dans la période difficile prématurément.

Notre appel consiste donc à demander à l’ensemble de la population qui se trouve en âge de donner son sang à faire le déplacement au niveau des différents centres de transfusion sanguine afin de faire ce geste de don de sang qui permet de sauver des vies dans les hôpitaux, de sauver des femmes en couche ou des enfants de moins de 5 ans. Notre appel, c’est l’appel à la solidarité.

Entretien réalisé par Justine Bonkoungou
Vidéo et photos : Nathanaël Kalguié
Lefaso.net

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